Comment créer un jardin forêt comestible avec différentes strates de végétaux ?

L’autonomie alimentaire est un sujet fascinant et qui attire de plus en plus. Partout autour de moi, je constate une satisfaction globale à auto-produire, à se reconnecter aux choses simples de la terre. L’autoconsommation est aussi, je pense, un moyen de se rassurer sur ses capacités à se débrouiller seul, dans un monde de plus en plus incertain. Si votre objectif est de produire tout ou partie de vos fruits légumes, et que vous possédez un terrain suffisamment grand, je vous conseille de vous pencher sur la création d’un jardin-forêt comestible. Créer un jardin-forêt comestible est une expérience passionnante et enrichissante qui permet de se reconnecter avec la nature tout en produisant une abondance d’aliments frais et sains. Ayant expérimenté moi même beaucoup de ces concepts avec succès, voici un guide pour vous aider à planter et entretenir votre propre oasis écologique et autonome.

Les fondements d’un jardin-forêt comestible

Un jardin forêt comestible, aussi connu sous le terme de forêt nourricière, est un système de culture inspiré des écosystèmes forestiers naturels, mais conçu pour produire une abondance de nourriture. L’idée est de créer un agencement d’arbres, d’arbustes, de plantes vivaces, d’annuelles, de légumes, de fruits, et d’herbes qui peuvent interagir de manière bénéfique les uns avec les autres, imitant ainsi la diversité et la résilience des forêts naturelles.

Ce concept repose sur les principes de la permaculture, qui vise à créer des systèmes agricoles durables et auto-suffisants.

La permaculture est un système de conception écologique basé sur les principes de la nature. Elle vise à créer des écosystèmes durables et résilients qui fournissent tous les besoins humains tout en préservant la biodiversité. Un jardin-forêt comestible applique ces principes en imitant les structures et fonctions des forêts naturelles, tout en intégrant des plantes comestibles pour l’homme.

Un jardin-forêt comestible offre donc de nombreux avantages écologiques tels que la promotion de la biodiversité, la séquestration du carbone, le recyclage des nutriments et la conservation de l’eau. Il fournit également une source constante d’aliments frais et nutritifs, contribuant ainsi à l’autonomie alimentaire du foyer.

Les étapes pour créer un jardin-forêt

Créer un jardin-forêt et un projet à long terme. Je vous propose quelques étapes, simples, pour vous aider à vous lancer.

1/ L’analyse du sol et choix de l’emplacement

Avant de commencer, il est essentiel de choisir un emplacement idéal pour votre jardin-forêt. Prenez en compte l’exposition au soleil, le drainage, la topographie et la qualité du sol. Réalisez une analyse de la terre pour déterminer sa composition, le pH du sol et sa fertilité. En fonction, vous pourrez adapter votre choix de plantes.

2/ Organisation de l’espace et stratification des plantes

Organisez votre jardin-forêt en différentes couches ou strates, imitant la structure d’une forêt naturelle.

  1. La canopée (ou couche des grands arbres). Cette couche supérieure est composée d’arbres de grande taille qui dominent le jardin. En France, des espèces comme le chêne, le hêtre ou encore le châtaignier peuvent constituer cette couche. Ces arbres fournissent de l’ombre et un habitat pour de nombreuses espèces d’oiseaux et d’insectes.
  2. La couche des arbustes. Juste en dessous de la canopée, cette couche inclut des arbustes de taille moyenne. Des espèces comme le noisetier, le cornouiller, et divers types de baies (groseilles, framboises) sont adaptées à cette strate. Elles profitent de l’ombre partielle créée par la canopée et fournissent des fruits et des abris pour la faune. Les racines sont moins envahissantes que celles de la canopée.
  3. La couche des plantes herbacées. Cette couche est composée de plantes qui ne nécessitent pas beaucoup de lumière solaire et peuvent prospérer à l’ombre partielle des couches supérieures. Des plantes comestibles, des fleurs sauvages et des herbes aromatiques (comme l’ail des ours, le persil, la menthe) peuvent être plantées ici. Elles attirent les pollinisateurs et enrichissent le sol.
  4. La couche des plantes grimpantes. Les plantes grimpantes peuvent être utilisées pour maximiser l’espace vertical. Des vignes comestibles comme la vigne, le kiwi, et certaines variétés de haricots grimpants peuvent être encouragées à grimper sur les arbres et les structures de support. Même le lierre : contrairement à une idée reçue, le lierre ne tue pas les arbres.
  5. La couche du sols ou des racines. Cette couche est constituée de plantes qui poussent près du sol ou sous terre. Des tubercules et des racines comestibles comme les pommes de terre, les carottes, et les topinambours peuvent être cultivés ici. Ces plantes bénéficient de l’humidité conservée par les couches supérieures.
  6. Le tapis de sol. La couche la plus basse est formée par le tapis de sol, composé de mousses, de lichens et de plantes couvre-sol comme le fraisier des bois. Ces plantes aident à retenir l’humidité du sol, à prévenir l’érosion et à fournir un habitat pour les micro-organismes. Même la mousse sur les arbres leur sera bénéfique.

3/ Sélection des arbres fruitiers et arbustes adaptés

Choisissez des arbres fruitiers et des arbustes adaptés à votre région et à votre climat. Pensez aux variétés locales résistantes aux maladies et aux parasites, ainsi qu’à celles qui sont pollinisatrices et favorisent la biodiversité. Les haies comestibles sont également un excellent moyen d’intégrer des arbustes productifs tout en créant des habitats tant pour les oiseaux que pour les insectes.

Bien sûr, prenez également en compte les éventuelles allergies dans la famille. Le noisetier, le bouleau ou le platane, par exemple, sont des arbres allergisants. Privilégiez des espèces sans risque d’allergie au pollen.

4/ Sélection des plantes grimpantes, légumes perpétuels et herbes aromatiques

Intégrez des plantes grimpantes telles que les vignes fruitières ou les pois vivaces pour maximiser l’utilisation de l’espace vertical. Les légumes perpétuels sont également un choix judicieux pour leur longue durée de vie et leur faible entretien. N’oubliez pas d’inclure des herbes aromatiques pour leurs multiples usages culinaires et médicinaux.

Appliquez le principe de la compagnonnage en associant des plantes qui se soutiennent mutuellement, par exemple en offrant de l’ombre, en fixant l’azote ou en repoussant les nuisibles. Privilégiez une densité élevée pour maximiser la productivité et réduire le besoin d’irrigation.

5/ Optimisez les conditions d’arrosage

Utilisez des méthodes de gestion de l’eau efficaces telles que le paillage, la récupération d’eau de pluie et l’irrigation goutte à goutte. Favorisez également la fertilité naturelle du sol en pratiquant le compostage, le mulching et l’introduction de micro-organismes bénéfiques tels que les champignons mycorhiziens.

Soyez particulièrement vigilant à la première année de plantation, veillez à maintenir une humidité suffisante à vos plantes, surtout en période de sécheresse. Vous leur offrirez de meilleures chances de survie à long terme.

L’entretien du jardin-forêt comestible au fil des saisons

Adaptez vos pratiques d’entretien aux différentes saisons afin de maintenir un jardin-forêt sain et productif. Taillez régulièrement les arbres et arbustes pour favoriser une bonne circulation d’air et éviter les maladies. Veillez également à protéger les jeunes plants contre les intempéries et les prédateurs.

Privilégiez des approches écologiques pour la prévention des maladies et la gestion des nuisibles, telles que le contrôle biologique avec des insectes auxiliaires, les pièges à phéromones ou les barrières physiques. Par exemple, les coquilles d’huitres sont une bonne protection contre les limaces. Évitez l’utilisation de produits chimiques nocifs pour l’environnement.

Récolter et conserver le fruit de votre labeur

Récoltez vos fruits, légumes et autres produits comestibles en suivant les meilleures pratiques pour préserver la santé des plantes et garantir une production continue. Nous pourrions faire un article dédié sur le sujet, mais parmi les bonnes pratiques de récolte, rappelons quelques basiques :

  • Cueillez les fruits à maturité. Le principe d’un jardin-forêt est que vous pussiez récolter quelque chose à chaque mois de l’année. Alors, ne manquez pas les échéances selon vos différents plants ! Le plus simple est de tenir un petit calendrier de récolte.
  • Taillez les herbes aromatiques régulièrement. Une taille est importante puisqu’elle va stimuler la plante et favoriser une meilleure repousse.
  • Divisez les tubercules pour éviter la surpopulation.

Apprenez à conserver et à utiliser vos récoltes de manière créative et nutritive. Transformez vos fruits en confitures, compotes ou jus, séchez les herbes pour les infusions ou les épices, et congelez ou mettez en conserve les légumes pour profiter de leurs bienfaits toute l’année.

Enfin, n’oubliez pas que chaque jardin-forêt est unique et évolue avec le temps. Soyez attentif aux besoins de vos plantes, apprenez de vos erreurs et adaptez votre approche pour créer un véritable écosystème harmonieux et productif. Bonne aventure dans la création de votre propre jardin-forêt comestible !

Alexandre Chauvel