Non à l’abattage d’un noyer à Port-Saint-Père en Loire-Atlantique : signez la pétition

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Aujourd’hui un article beaucoup plus personnel qu’à l’accoutumée. Comme beaucoup de français, je ne comprends plus les décisions arbitraires d’abattage d’arbres quand on connait les enjeux colossaux liés au réchauffement climatique.

Ce mardi, la troisième canicule de l’été frappe la France, avec un pic à 35-40°C annoncé d’ici quelques jours. Au même moment, la mairie de Port-Saint-Père (Loire-Atlantique), à quelques kilomètres de chez moi, s’apprête à abattre le seul arbre mature de la cour de son restaurant scolaire.

Le noyer de la Cantoche, que les habitants appellent depuis toujours le noyer centenaire, doit céder sa place à un préau équipé de panneaux photovoltaïques. Une pétition demande l’ajournement du projet. Je l’ai signée, et je vous explique pourquoi avec les faits, pas juste avec de l’indignation.

Le projet en bref

  • Un nouveau préau, adossé au restaurant scolaire de l’école des Hirondelles à Port-Saint-Père (Loire-Atlantique), doit protéger les enfants de la pluie et des fortes chaleurs.
  • Sa toiture accueillera des panneaux photovoltaïques, censés couvrir environ 30 % des besoins énergétiques de la cantine.
  • Sa construction impose l’abattage du noyer et l’imperméabilisation de plus de 100 m² de sol.
  • Le permis de construire a été délivré après instruction du dossier, avec deux mois d’affichage légal en mairie.

Ce que dit la mairie

La commune justifie l’abattage par un litige de voisinage et une incompatibilité avec le projet d’urbanisme en cours. Le noyer est implanté en limite de propriété, et des branches débordent chez le voisin. Une modification du projet a bien été étudiée à sa demande, mais une procédure reste engagée contre la commune pour ce débordement.

« Une procédure a été engagée à son encontre concernant le débordement de certaines branches sur la propriété voisine. »

Sur cette base, et avec la construction du préau à proximité, la mairie estime que l’arbre ne peut pas être sauvé durablement :

« L’importance des tailles qui seraient nécessaires à l’avenir ne permettrait pas de garantir durablement la préservation de l’arbre dans de bonnes conditions. »

Elle prévoit en contrepartie la plantation de plusieurs arbres adaptés au site, et rappelle que le dossier a mobilisé des moyens humains et financiers déjà engagés.

Le noyer dans la cour de l'école des Hirondelles à Port Saint Père
Ce qui est très surprenant, c’est que l’on voit bien sur la photo ci-dessus que l’arbre, effectivement en limite de propriété, ne semble pas gêner la construction d’un préau. Les deux auraient très bien pu être complémentaires. Effectivement, il faut le noter, le noyer ne supporte pas les tailles sévères. Mais élaguer quelques branches sur un côté était également possible.

Pourquoi cet argument ne suffit pas

  • Un litige de branches qui débordent se règle habituellement par un élagage encadré, pas par l’abattage de l’arbre entier.
  • Aucune expertise arboricole indépendante n’est mentionnée dans le dossier public pour confirmer que la taille nécessaire condamnerait réellement l’arbre.
  • Un permis de construire délivré dans les règles ne rend pas un projet pertinent sur le fond, il confirme seulement qu’il respecte une procédure administrative.
  • La promesse de replantation ne compense rien avant quinze à vingt ans, le temps qu’un jeune arbre atteigne une canopée comparable.

La question que je pose est la suivante : pourquoi ne pas composer avec l’existant, plutôt que de préconiser systématiquement la coupe d’un arbre un peu gênant ? Des concertations avec les parents d’élève auraient été à minima bienvenues. Un préau est remplaçable. Un arbre de plusieurs dizaines d’années ne l’est pas.

Ce qu’un arbre mature apporte réellement en canicule

Un préau bloque le rayonnement solaire direct. C’est de l’ombre sèche : l’air en dessous reste chaud, parce que le sol imperméabilisé et la structure elle-même emmagasinent la chaleur toute la journée.

Un arbre mature comme ce noyer fait bien plus :

  1. Il rafraîchit activement l’air par évapotranspiration : l’eau absorbée par ses racines est relâchée sous forme de vapeur par ses feuilles, un mécanisme comparable à une climatisation naturelle et gratuite.
  2. Sa canopée dense filtre le rayonnement solaire plus efficacement qu’un toit opaque, qui laisse remonter une partie de la chaleur par réverbération au sol.
  3. Son système racinaire garde le sol perméable, ce qui limite l’accumulation de chaleur dans le sol lui-même, contrairement à une dalle bétonnée.
  4. Il abrite un écosystème installé depuis des décennies (insectes, oiseaux, micro-organismes du sol) qu’aucun jeune plant ne recrée à court terme.
  5. Cet effet rafraîchissant se prolonge la nuit, ce qui aide à limiter les nuits tropicales, un facteur de plus en plus documenté dans les épisodes de canicule récents.
Vue rapprochée du noyer en limite de propriété à Port-Saint-Père
La canopée entière de l’arbre, un rafraîchissement actif qu’aucun préau ne reproduit.

Préau seul contre arbre mature, en résumé

CritèrePréau seulNoyer mature
Température de l’air en dessousReste élevée, ombre sècheAbaissée par évapotranspiration
SolImperméabiliséDrainant, racines actives
BiodiversitéAucuneÉcosystème mature installé
Délai pour un effet équivalent si remplacéImmédiat une fois construit15 à 20 ans pour un jeune arbre planté en remplacement

Ce que demandent les parents d’élève… et les français sur l’abatage des arbres

La pétition a été lancée par des parents élus de l’école des Hirondelles. Ils ne réclament pas l’abandon du préau, mais :

  • L’ajournement du projet le temps d’une vraie étude d’alternatives.
  • Une concertation associant enseignants, parents, personnel d’Anim’Action et enfants.
  • La prise en compte de l’îlot de fraîcheur existant dans la réflexion d’ensemble, pas seulement une fois le projet déjà engagé.

Matthieu Pouzeau, représentant des parents d’élèves, résume l’incompréhension ambiante :

« On a appris il y a quelques semaines, au détour d’une réunion, que la mairie prévoyait de l’abattre. Personne ne comprend. »

L’arboriste Thomas Brail, fondateur d’un groupe national de surveillance des arbres, s’est aussi emparé publiquement du dossier pour rappeler qu’un arbre mature reste, à ce jour, l’îlot de fraîcheur le plus efficace qu’on connaisse. Merci à lui car grâce à son message, la pétition a gagné des milliers de signatures. A mon tour de contribuer modestement.

Thomas Brail sur l'abattage du noyer à Port-Saint Père

Pourquoi ça dépasse Port-Saint-Père

La canicule de juin 2026 a été la plus intense jamais enregistrée en France, devant celle de 2003. Une troisième vague de chaleur démarre aujourd’hui même. Dans ce contexte, la préservation d’un arbre mature ne devrait plus être une variable qu’on sacrifie en fin de projet, mais une contrainte posée dès le départ, au même titre que le budget ou les normes d’accessibilité.

Je partage ce cas car malheureusement, il est de plus en plus fréquent. En voici encore un funeste exemple avec l’abattage d’un marronnier centenaire à Montmorency par un promoteur, qui s’était engagé à ne pas le couper. On voit des arbres centenaires tomber du jour au lendemain, sans aucune concertation avec les habitants. Et dans les faits, ces derniers y sont la plupart du temps opposés, sauf pour raison sécuritaire ou impétueuse.

Signez la pétition ici : Pour nos enfants, sauvons le noyer centenaire de Port-Saint-Père. Partagez là au maximum. Merci.

Sources et crédits photos : Le Courrier du Pays de Retz (actu.fr), Ouest-France, Change.org.

Alexandre Chauvel
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